Partagez :

COMMENT NE PAS TRAHIR NOTRE SOI DIVIN ?

 

Swami Veetamohananda

 

 Lorsque nous regardons quelqu’un, nous le voyons rarement dans sa totalité. Nous ne remarquons en général que certains aspects de sa personnalité, ses défauts la plupart du temps et rarement ses qualités. Et cependant, chacun de nous possède un caractère unique exceptionnel. Chacun s’est développé en vivant des expériences sans nombre et en surmontant une multitude d’obstacles. Dans chaque poitrine bat un cœur au rythme des désirs, des espoirs, de l’amour ou de la crainte. Chacun a un futur rempli de possibilités infinies. Chacun possède un Principe de Vie qui tente de s’exprimer en des myriades de façons.

 

     Quel est donc ce Principe de Vie ?

      Les prophètes du Vedanta le nomment Atman, le Soi véritable. Il est le centre de la conscience dans l’homme. Le corps et l’esprit deviennent conscients uniquement grâce à leur association avec l’Atman, le Soi véritable. C’est au travers du Soi que nous savons. Le Soi se révèle dans chaque expérience, et le propos final de toute expérience est de connaître celui qui sait. Consciemment ou inconsciemment, tous les êtres luttent pour la réalisation du Soi.

      De plus, les sages qui ont étudié les Upanishads ont  découvert que cet Atman individuel est une partie du Soi suprême, le Paramatman, une partie de l’Univers connu sous le nom de Brahman.

 

    Cela signifie que chaque homme possède en lui-même un centre divin, bien qu’il puisse ne pas en être toujours conscient.

     C’est ce centre divin intérieur qui donne sa dignité à l’individu et sa sainteté à la vie. Ainsi, chaque personne mérite d’être traitée avec respect car elle est potentiellement divine.

Tous ceux que vous rencontrez manifestent leur divinité intérieure d’une façon qui peut être différente de la vôtre. L’artiste qui peint un coucher de soleil, le paysan qui fait pousser une récolte pour vous nourrir, le chercheur qui découvre de nouvelles vérités - chacun est important à sa manière, grande ou petite.

     Toute vie est sacrée en raison du centre divin qui est en elle. Personne n’a le droit de prendre la vie des autres, pas même la sienne. Essayer de se suicider, ce serait trahir sa propre divinité. Personne ne crée sa vie, ni aucune autre vie. La vie appartient à l’Etre Universel. Si le centre divin est retiré d’un corps, celui-ci perd toute sa valeur : poussière il était et poussière il retournera.

     Notre éthique est centrée sur la doctrine de la divinité potentielle de l’âme. L’homme, tel qu’il est, peut ne pas être divin; mais il détient en lui-même, la possibilité de le devenir. Le propos de la vie religieuse et morale est de permettre à chacun de mettre en action, de développer et de manifester ce potentiel. La religion, d’après le Vedanta, est une façon de vivre qui favorise la Réalisation du Soi. Tout ce qui permet le développement spirituel est religion, tout ce qui l’empêche est irréligion.

     L’union intime entre la vertu et la spiritualité est la base même de la vie morale d’après le Vedanta. La vertu stimule le développement spirituel. Elle est principalement considérée comme une aide indispensable à la Réalisation du Soi. Sa pratique entraîne la pureté de l’esprit, calme les sens et purifie l’intellect; et un esprit pur et calme reflète la lumière de l’Atman sans la déformer, ce qui a pour résultat la Réalisation du Soi.

     La Loi du Karma joue aussi un rôle important. D’après sa théorie, le présent est déterminé par le passé et les actions vertueuses du passé produisent des circonstances favorables dans la vie présente, alors que les mauvaises actions du passé produisent des circonstances défavorables. Un grand sage a dit : « La prédominance des vices amène la souffrance aux âmes incarnées, la prédominance des vertus leur amène le bonheur durable ». L’homme n’a aucun contrôle sur son passé, mais il peut créer un futur plus heureux par les actions vertueuses de son présent. Ainsi le but des actions vertueuses est-il la félicité future - le « futur » signifiant ici à la fois la vie dans le ciel après la mort et la renaissance sur terre.

Avez-vous l’impression que cette morale est égocentrique, uniquement concernée par l’individu et non par la société ?

     Cette impression est fausse, car le moi véritable de l’homme n’est pas l’ego limité, attaché au corps, c’est l’Atman transcendant. Une grande loi ancienne affirme : « Il faut essayer d’accomplir consciemment l’action par laquelle le Soi le plus profond est satisfait; et renoncer à son contraire (c’est-à-dire à l’action qui ne satisfait pas le Soi) ». Ce Soi transcendantal est une partie inséparable du Soi suprême infini; ainsi toutes les actions qu’il inspire ou qui sont accomplies pour lui, le sont pour le bien-être de tous. C’est le moi inférieur, l’ego, qui essaie de retenir ce qui vient de la vie universelle; et tous les instructeurs spirituels ont insisté sur l’importance du renoncement à cet ego inférieur. Il découle de tout cela que la morale dont nous parlons est une morale centrée sur l’Atman et orientée vers le Suprême.

 

     L’éthique centrée sur l’Atman et orientée vers Brahman possède plusieurs caractéristiques supérieures.

  Trois d’entre elles sont importantes pour notre société moderne :

1. Elle permet à chacun de prendre la responsabilité morale de ses actes.

2. Elle est basée non sur la crainte et l’obligation, mais sur la liberté existentielle.

3. Elle offre un fond commun transcendantal à l’amour de soi, à l’amour des autres et à l’amour de Dieu.

 

     Nous considérons en général qu’être moral, c’est vivre en harmonie avec l’ordre naturel de l’univers et accomplir les devoirs qu’impose notre situation sociale. « Le péché est simplement une mauvaise action qui viole l’harmonie universelle et la souffrance qui en résulte n’est pas une punition de Dieu, c’est l’effet de la Loi du Karma. Dieu est le distributeur impartial des fruits des actions des hommes et n’est affecté ni par le bien, ni par le mal qu’ils font », dit la Gita.

     L’homme ne peut réaliser les pleines potentialités de son être que lorsque le travail qu’il accomplit et tout ce qu’il produit deviennent un partie intégrante de sa vie. Nous avons besoin aujourd’hui d’une telle façon de vivre, autonome, intégrée et autorégulatrice.

     Lorsqu’il y a un conflit sérieux, amené par une morale oppressive ou une vie artificielle, entre le conscient et l’inconscient, l’homme devient mentalement malade et n’arrive pas à épanouir ses compétences et ses talents inhérents dans leur pleine mesure.

     « La majorité des êtres humains est opprimée et exploitée et passe la plus grande partie de son temps de travail à effectuer des tâches monotones et mécaniques qu’ils ne peuvent s’empêcher de considérer comme un devoir détestable » dit un penseur. « Comment leur est-il possible de supporter cela, pourquoi sont-ils  incapables de le changer et pourquoi semblent-ils endurer en silence les souffrances qui leur sont imposées ? Ils peuvent subir leur destin parce que le système économique en vigueur est basé sur la structure psychique même des gens qui sont opprimés. »

Pouvons-nous espérer une quelconque pensée constructive en eux ? 

 

Quels sont les signes qui nous permettent de reconnaître qu’une personne trahit son Soi divin et la société ?

    Les plus importants sont au nombre de trois : insensibilité au bien et au mal, élimination du moi et idéalisation du moi.

     La personne est dans un état de inhibition. Elle peut connaître beaucoup de choses sur les autres, mais elle en sait peu sur elle car elle n’ose pas se retrouver face à face avec elle-même. Elle est incapable d’entreprendre des activités créatrices et ne peut s’identifier volontairement avec les gens ou avec son travail. Elle s’idéalise et vit dans son propre monde imaginaire.

         Les autres signes sont : la faiblesse, l’absence de sens donné à la vie, l’isolement  social, la marginalité et l’aliénation.

          - La faiblesse consiste à penser que sa conduite actuelle ne peut pas déterminer le futur.

        - L’absence de sens donné à la vie résulte du fait « que l’individu n’est pas certain de ce qu’il doit croire, et cela lorsque ses normes minimales pour prendre des décisions avec certitude n’ont pas été trouvées ».

        - L’isolement social est le refus d’accomplir les objectifs qui sont appréciés par la société ou d’adhérer à ses croyances.

        - La marginalité est une attitude qui pousse une personne à atteindre son but au moyen d’actions qui ne sont pas approuvées par la société.

       - L’aliénation consiste à attendre une récompense en dehors de son activité. C’est-à-dire que le travail que l’on fait n’a pas de relation avec ce que l’on espère atteindre dans la vie.

             *Eric Fromm décrit la culture moderne comme une « religion de marché » dans laquelle les machines ont pris la place de la divinité et où la vie humaine s’est transformée en un rituel sans fin pour produire, manipuler et consommer des quantités et des variétés, sans cesse croissantes, de biens matériels. Ce sont les machines, les syndicats, etc., qui déterminent la qualité et le contenu de la vie des individus ».

          *Lewis Mumford dit : « L’homme moderne s’est déjà tellement dépersonnalisé qu’il n’est plus suffisamment homme pour résister à ses machines ». C’est masquer l’identité de l’homme par des instruments déshumanisants qui est le problème principal de notre monde moderne.

         *Un autre penseur moderne signale trois manifestations de l’aliénation.

         L’une est « l’orientation de marché ». Cela se réfère à la tendance à considérer ses talents, ses capacités et son travail comme de simples marchandises monnayables et à juger leur valeur au succès atteint dans ce monde de compétitions. Cela oblige un musicien à chanter, non pour son épanouissement personnel, mais pour gagner de l’argent; cela oblige un sportif à jouer, non pour la joie du sport mais pour gagner de l’argent. Dans cette optique, l’homme considère ses qualités comme des marchandises - donc distinctes de lui. Ses capacités, en même temps que ce qu’elles créent, deviennent séparées de lui, quelque chose de différent, quelque chose que les autres peuvent juger et utiliser. Si l’homme moderne se considère lui-même à la fois comme le vendeur et comme la marchandise qui doit être vendue sur le marché, l’estime qu’il se porte dépend de ce que les autres pensent de lui. Son identité, la compréhension qu’il a de lui-même peuvent s’exprimer ainsi : « Je suis comme vous désirez que je sois ». C’est tout le contraire de ce qu’il devrait être : « un individu mature et productif qui tire les sentiments de son identité de l’expérience qu’il a de lui-même en tant qu’agent qui fait un avec ses capacités. Ce sentiment de lui-même pourrait s’exprimer ainsi : ‘ Je suis ce que je fais’ ».

La deuxième manifestation de l’aliénation est la « passivité intérieure ». Chez un homme mature parfaitement intégré, l’activité implique sa personnalité tout entière; il la dirige lui-même; elle est l’expression de la créativité de son âme. Mais dans notre société industrielle, être actif signifie être occupé; même le temps du loisir est consacré à quelque forme « d’occupation ». Mais cette « occupation » ne touche pas la vie profonde de l’homme. Intérieurement, il se sent inactif, passif. Le problème, c’est que la plupart des gens se pensent très actifs et  ne se rendent pas compte, qu’en fait, ils sont intensément passifs malgré leur « occupationnite ». Sans quelques stimuli extérieurs pour déclencher leur activité, ils sont perdus. Si l’on ne fait rien, il est temps de se confronter à soi-même et comme l’on possède une toute petite connaissance de son moi véritable, on en a vraiment peur. Ainsi, l’homme moderne craint-il de rester sans rien faire, ce qui ne supprime cependant pas sa passivité, sa solitude, ni son vide intérieurs.

           La troisième manifestation de l’aliénation est le passage de  « être un mode d’existence » en « avoir un mode d’existence ». On peut tout avoir, mais penser que l’on n’a rien. Dans « avoir une existence », la relation au monde se définit par posséder et reconnaître, tout et tout le monde, y compris soi-même, comme sa propriété. Ici, « avoir » ne signifie pas seulement posséder ou amasser, il signifie aussi consommer. Tout ce qui est produit, la nourriture, les vêtements, les automobiles, la télévision, les avions et les centaines d’autres gadgets et machines n’existent que pour transformer l’homme en un consommateur de plus en plus insatiable. Son identité peut se définir ainsi « Je suis = ce que j’ai et ce que je consomme ». La valeur d’une personne dans la société est mesurée à ce qu’il détient et consomme et non pas à ce qu’il est, à ses qualités intrinsèques comme la sincérité, l’amour, la connaissance, le talent et les compétences. Nous pouvons opposer cela à l’attitude des grands saints et des grands sages. Plus un homme a, moins il est; car, plus il s’identifie aux objets, plus il s’éloigne de sa véritable essence intérieure, de son être.

    L’homme en tant qu’homme est nécessairement aliéné. En plus de son existence authentique, il mène aussi une vie fictive.

    

     Il existe un verset sanscrit bien connu qui dit : « Les gens veulent les fruits de la vertu mais n’accomplissent pas d’actions vertueuses; ils ne veulent pas les fruits du péché, mais ils font de grands efforts pour en  commettre ». La vie de tous les jours nous offre de nombreuses occasions d’être bon et de faire le bien, et cependant nous utilisons rarement ces occasions en or.

     Chacun sait que ses mauvaises actions ne lui apporteront rien d’autre que des souffrances dans cette vie ou dans le futur, mais il les accomplit tout de même. Quelles en sont les raisons ?

            *L’une est la faiblesse de notre foi dans le pouvoir du bien et notre croyance en celui du mal. Tout le monde possède la foi; la seule question qui se pose est : la foi en quoi ? Trop de gens croient d’avantage dans le pouvoir du mal qu’en Dieu lui-même.

          *Une autre raison  est que les impressions laissées dans notre esprit par nos actions passées nous poussent à répéter ces mêmes actions, malgré  notre foi et notre volonté.

              *La possession immédiate d’un objet, en oubliant le passé et le futur, à cause d’une envie irrésistible est une autre raison. Une personne peut très bien savoir qu’une certaine habitude est mauvaise pour lui, qu’elle lui a apporté des souffrances par le passé et qu’elle ne lui apportera de nouveau que du chagrin et cependant au moment critique, il lui cède.

         *Enfin, la dernière raison qui fait accomplir de mauvaises actions est l’ignorance. C’est pourquoi Swami Vivekananda voulait voir le mot « péché » remplacé par celui d’« ignorance ».

 

     Quelles qu’en puissent être les raisons, nos mauvaises actions ne font de tort qu’à nous-mêmes.

      Peu de gens comprennent quel tort ils se font par leurs pensées, leurs paroles et leurs actions impures.

     Il y a tellement de manières de se faire du mal ! L’une d’elles est la manière simple et directe. Elle inclut toutes les formes d’indulgence excessive ou de mauvais traitements, ainsi que la négligence que l’on pratique en matière de santé et d’hygiène. Le résultat est immédiat sous forme de souffrance. Il y a d’autres manières de se faire du mal qui sont plus subtiles et insidieuses et dont les effets ne sont ni évidents ni immédiats.

     Le karma nous affecte de deux façons subtiles.

   - L’une est l’effet cosmique qui nous reviendra peut-être dans une prochaine vie. D’après la croyance indienne, toutes nos souffrances actuelles sont le produit de nos actions passées. Un proverbe populaire dit : « Maladie, chagrin, souffrance, attachement, aliénation - tout cela est le fruit de l’arbre de « l’atmaparadha » (c’est-à-dire du mal que l’on fait à soi-même) recueilli par l’âme incarnée ». Aveuglés par les passions, l’avidité, la haine et l’envie, nous vivons une vie impulsive sans jamais marquer une pause pour penser à tout le mal que nous nous faisons par nos actes irréfléchis.

     Le karma ne concerne pas seulement les actes physiques, il concerne  aussi les pensées. « Toute mauvaise pensée rebondira... Aucun pouvoir ne pourra la détourner de vous. Une fois que vous l’aurez mise en mouvement, il vous faudra en supporter les conséquences », dit Swami Vivekananda.

     - Nos actions et nos pensées nous affectent d’une manière invisible. Chacune laisse derrière elle, dans notre esprit, une trace ou une impression dont nous avons parlé en détail dans la conférence du mois dernier sur le Renouveau du Soi. C’est ainsi que les habitudes et les structures de pensées sont formées. Certaines de ces habitudes sont bonnes et nécessaires lorsqu’elles libèrent l’esprit d’une vie de routine et lui permettent de penser à des choses plus élevées. Mais il y a aussi de mauvaises habitudes et de mauvaises structures de pensées qui asservissent l’âme et restreignent sa liberté. Chaque âme est dotée de grandes possibilités. Chacun possède la capacité inhérente d’atteindre l’excellence dans un domaine ou dans un autre. Négliger le développement des pouvoirs potentiels de son âme, c’est se faire un grand tort. Ce qui empêche la plupart des gens d’atteindre l’excellence n’est pas le manque de talent, de richesse ou de chance, c’est le manque de foi, de discipline et d’assiduité.

     Tous les être individuels sont une partie de l’Etre Suprême et être insensible aux souffrances des autres, ne pas répondre à leur amour, être jaloux d’eux, en dire du mal, essayer de les empêcher de s’élever - tout cela, c’est se faire du tort à soi-même. Bien sûr, il est vrai que dans la société où nous vivons, il peut se trouver des gens qui sont jaloux de nous, qui nous calomnient, ou même qui tentent de nous nuire sans aucun bénéfice apparent pour eux-mêmes. Mais entretenir des sentiments de revanche et de haine envers eux, entrave l’expansion du Soi et diminue notre part de la Vie Universelle.

     Un ancien verset sanscrit dit :  « Les hommes vertueux qui sont toujours déterminés à faire le bien aux autres, ne permettent jamais à leur âme d’être troublée même lorsqu’on leur fait du mal. L’arbre de santal communique son parfum même au tranchant de la hache qui l’abat ».

     Rester plongé dans la dépression et l’impuissance, c’est abandonner la gloire et la puissance de l’Atman aux forces obscures de tamas, l’inertie, et c’est donc une faute contre le Soi. La souffrance, la déception et la perte d’êtres chers sont inévitables dans la vie. Mais personne ne devrait accepter de vivre dans un état de découragement ou, pire encore, de se condamner implacablement. Chez un esprit dépressif, l’énergie créatrice est annihilée et l’âme, incapable de s’exprimer sur un plan supérieur, peut chercher à le faire sur un plan inférieur. Les Upanishads enseignent que « par l’intermédiaire de l’Atman, on acquiert force et ferveur ». Swami Vivekananda fonde toute sa philosophie de la vie sur la force et le courage. Pour lui, les malheurs et les idées noires viennent de notre dépendance à la matière. En intensifiant notre foi dans le pouvoir et la gloire de l’Atman, nous devrions être capables de surmonter le découragement et de faire face, avec confiance, aux problèmes de la vie. Vivifier cette foi dans l’esprit devrait être le but de notre vie.

     Il faut éviter d’imiter aveuglément les manières, les points de vue et les idéaux des autres, il faut éviter les rêves éveillés et autres habitudes similaires qui abaissent la dignité du Soi. Les trois états du Soi, « sat, chit et ananda » (Etre, Conscience et Félicité) apparaissent dans le monde phénoménal comme les trois valeurs supérieures de la Bonté, de la Vérité et de  la Beauté. Cela signifie que les idéaux que nous recherchons à l'extérieur se trouvent en fait en nous-mêmes. Chacun les réalise à sa manière, personnelle et unique. Comme le disait Swami Vivekananda : « Votre Soi est votre idéal le plus élevé ». Suivre les idéaux et les voies des autres ne fait que retarder le cours de sa propre évolution spirituelle. C’est pourquoi la Bhagavad Gita nous enseigne : « Le dharma des autres est plein de dangers ».

Ignorer son Soi supérieur est le plus grand des péchés. Il faut lutter pour le réaliser au lieu de se battre contre lui pour une vie matérielle. En effet, qu’obtenons-nous du monde extérieur ?

     L’expérience montre que nous ne cherchons rien d’autre que la connaissance et le bonheur. Et le Soi est la source des deux. Tout ce que nous trouvons dans le monde n’est qu’ombres projetées par la lumière intérieure, petites joies mêlées à de grandes quantités de chagrins et de souffrances. Poursuivre constamment des ombres qui ne pourront jamais nous apporter un accomplissement durable, ne pas lutter pour réaliser le Soi,  la source de toute gloire, bonheur, connaissance et force, peut-il exister un plus grand échec dans la vie ?

     Quand nous étudions nos vies, nous nous apercevons que presque toutes nos souffrances sont le résultat de nos mauvaises actions. Nous agissons mal parce que nous ne sommes pas capables de prendre de décisions correctes et nous n’en sommes pas capables parce que nous ne sommes pas libres. Nous sommes sans arrêt dirigés par nos pensées, nos émotions et nos instincts. La seule liberté véritable que nous ayons, c’est d’être le témoin de nos pensées et de nos actions, et cette liberté, nous la devons à l’Atman. La conscience-témoin qui est en nous, est appelée Prajna en Sanscrit. Normalement, dans l’agitation et la précipitation de la vie de tous les jours, nous réussissons rarement à conserver cette conscience. Nous sommes à peine libres, comme agents-témoins, de guider consciemment nos pensées et nos actions. La plupart du temps, nos vies sont dominées par l’inconscient. Notre véritable conscience, Prajna, est presque toujours noyée dans les vagues houleuses de l’inconscient. La perte de la conscience du Soi est la principale cause de nos souffrances physiques et mentales.

     Les praticiens du système de médecine indienne, appelé Ayurveda, retrouvent la cause de la plupart des maladies dans la prédominance de l’inconscient et donc dans l’éclipse de la conscience du Soi. La première cause de maladie est la façon erronée dont les différents organes sont mis en contact avec le monde matériel. Prenons par exemple le cas de l’estomac. Son déséquilibre peut prendre la forme d’indigestion, d’anorexie, de régime inapproprié, de prise de nourriture dangereuse, etc. Par « conscience », les médecins ayurvédiques entendent toutes les facultés étroitement liées à la conscience du Soi : l’intellect, la volonté et la mémoire. La cause de presque toutes nos souffrances est l’usage incorrect de ces facultés. Au lieu d’en rester le témoin, nous nous identifions à nos pensées, à nos émotions et aux objets des sens. Cette interprétation est notre première erreur. L’esprit, abusé, est entraîné par les objets de la jouissance. Bien que cette tendance puisse être contrôlée par un simple exercice de la volonté, nous n’arrivons pas à le faire. Cette défaillance de la volonté est due à une faiblesse de la mémoire. A cause de notre agitation ou de notre inertie, l’esprit ne se souvient pas de ses souffrances passées ou des conseils donnés par des sages.

     La nature et le cours de notre vie tout entière dépendent de la manière dont nous maintenons notre conscience.

 

     Ecoutons la proclamation de Vivekananda :

       « Vous êtes des âmes immortelles, des esprits libres, bénis et éternels. Vous n’êtes pas la matière, vous n’êtes pas des corps. La matière est à votre service, vous n’êtes pas au service de la matière ».