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CONNAIS-TOI TOI-MÊME

 

Swami Veetamohananda

Nous sommes tous des hommes et des femmes de sens pratique. Notre éducation moderne a développé en nous, avec succès, l’idée que, à moins d’être pratiques, nous ne pourrons pas réussir dans la vie. Et que rien n’attire la réussite comme la réussite. Personne ne veut subir un échec. Nous voyons souvent que les gens s’intéressent davantage aux défauts des autres qu’à leurs propres vertus C’est pourquoi nous voulons tous avoir le sens pratique. Mais que signifie avoir le sens pratique ?

 

            La « correspondance mentale » du sens pratique est appelée pragmatisme. Le pragmatisme est ce qui réussit, ce qui fait vendre, ce qui est utile. Si une philosophie ne réussit pas, ne fait pas vendre, n’est pas utile, cela est la preuve qu’elle n’est pas une grande philosophie.

 

            En vérité, le pragmatisme est le pratique, le pratique est ce qui est acceptable. À la question : qu’est ce que le pratique ?, on peut répondre ainsi : ce qui réussit, ce qui fait vendre, ce qui est utile, cela est le pratique. Mais, qui va juger de ces résultats, en quels termes de référence ? Dans le monde d’aujourd’hui, il n’y a jamais eu de concept général du pratique. Très souvent, ce qui convient à notre faiblesse ou à notre force, à nos désirs, à notre commodité, nous l’appelons pratique.

 

 

 

            Écoutez cette histoire :

 

            au cours d’une réception, une dame d’un certain âge, entendit des personnes qui s’adressaient à un invité en l’appelant "docteur". Elle s’approcha de lui et commença à lui débiter la longue liste de ses maladies physiques. « Madame » dit l’homme « je suis bien docteur, mais en philosophie ». « Oh ! » répondit-elle tout en s’éloignant, « quelle sorte de maladie est donc la philosophie ? ». !

 

 

 

            Disons qu’en général, le concept du pratique d’un individu vient du concept qu’il a de lui-même, de son monde, de ce qu’il veut accomplir et de la façon dont il veut l’accomplir.

 

            Le Védanta dit : chacun naît dans le monde de sa propre fabrication. Et cela ne signifie pas seulement dans un monde objectif, mais aussi dans un monde subjectif constitué par les tendances et les désirs de son corps et de son mental. Nous percevons autant que nous concevons et nous concevons autant que nous percevons. La perception dépend de la compréhension. Dans le monde de sa propre fabrication, un homme peut être entièrement égocentrique ou totalement cosmocentrique ou quelque part entre les deux.

 

            C’est pour cela que le concept du pratique peut varier parmi les membres d’une même famille ou d’une même communauté, parmi des personnes vivant à des époques ou des pays différents ou encore adhérant à des croyances différentes, politiques ou religieuses.

 

 

 

            Et pas uniquement pour cela, il peut varier suivant les différents stades de l’évolution intérieure. Si vous désirez l’illumination spirituelle, l’analyse entre l’esprit et la matière est de l’ordre du pratique.

 

Si vous ne recherchez que la prospérité matérielle, cela en est fort éloigné.

 

            Notre concept du pratique contient à la fois l’idée de notre ignorance et de notre sagesse, de notre force et de notre faiblesse.

 

 

La vie est un champ de bataille, dans le domaine intérieur aussi bien que dans le domaine extérieur. De toutes façons, nous devons lutter, sinon nous serons écrasés. Que nous ayons vécu ou non d’une manière significative, nous serons jugés sur la façon dont nous aurons lutté.

 

Sri Krishna a enseigné dans la Gita, les deux secrets du véritable grand combat de la vie :

 

1.    « Souviens-toi toujours du Suprême et combats ».

 

2.    « Combats avec détachement ».

 

C’est là tout le secret du Védanta pratique. Il permet de manifester le Suprême en nous.

 

 

 

            Pourquoi Sri Krishna a-t-il enseigné la philosophie la plus élevée, celle de l’âme individuelle et de l’Esprit Suprême, au moment même où une grande guerre était sur le point d’éclater ? C’est pour transposer de manière satisfaisante le combat de la vie dans le monde des faits et des forces, c’est pour montrer comment un homme égocentrique peut se transformer en un homme cosmocentrique, même s’il doit répandre le sang par nécessité.

 

            C’est pourquoi il dit avec autorité : « Souviens-toi de Moi (le Suprême) et combats ! » et « Combats avec détachement ! ».

 

            Nous sommes des voyageurs sur la grand-route du pèlerinage de la vie, et nous nous dirigeons vers la grande vision de l’Atman et la fusion en Lui. En dernière analyse, c’est le pratique qui nous aide tout le long du voyage vers ce grand Être. C’est ce que Sri Krishna a enseigné à Arjuna : aspirer au Suprême au travers de tout ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire ; participer au combat de la vie à la façon du Suprême. Et cela, pendant tout le chemin. Parce que rien d’autre ne nous convient. Rien d’autre ne réussira si nous n’avons pas une compréhension de nous-mêmes et de notre destinée. Nous ne pouvons lutter pour le Suprême qu’à la manière du Suprême. Il n’y a pas une autre manière de le faire. Nous ne pouvons pas atteindre le Suprême en pensant que nous sommes ce faible corps. Nous pouvons l’atteindre en pensant et en agissant en termes de Suprême, le Suprême qui est à l’intérieur de nous-mêmes. C’est une démarche vers le détachement ! C’est pour cela que nous devons oser croire en Lui qui est en nous et en tous les autres. Nous devons fonctionner à la façon de ceux qui sont - comment dire ? - les plus grands consommateurs du Suprême dans le monde, là où le Suprême se tient. Le chemin que nous suivrons, le monde le suivra avec nous. Nous vivons dans le monde que nous avons créé. Quand, grâce à la méditation, nous atteignons le non-créé, le monde est également non-créé en tant qu’esprit.

 

            C’est le Védanta pratique : vivre dans le monde du Suprême à la manière du Suprême, pour l’amour du Suprême. Et tu es Cela.

 

            Est-il possible, dans le monde des faits et des forces que nous connaissons, de vivre à la façon du Suprême sans créer de difficultés pour nous-mêmes et pour les autres ? Cela dépend entièrement de ce que vous êtes en réalité pour le rendre possible. Cela dépend de ce que vous oserez faire ou de ce dont vous pourrez vous soucier. Oui, la souffrance viendra, les difficultés seront là. Mais qu’importe ! Connaissez-vous les « faits » et les « forces » qui vous concernent ? Comme nous en savons peu !

 

            Swami Vivekananda demande à chacun de nous, à sa façon provocante : « Savez-vous combien d’énergie, combien de pouvoirs, combien de forces se cachent encore derrière votre corps ? Quel homme de science a découvert tout ce qui est en l’homme ? Des millions d’années ont passé depuis qu’il est apparu pour la première fois ici, et pourtant seule une partie infinitésimale de ses pouvoirs a été manifestée. C’est pourquoi vous ne devez pas dire que vous êtes faibles. Comment savez-vous quelles possibilités reposent derrière cette dégradation de la surface ? Vous connaissez si peu de tout ce qu’il y a en vous. Car derrière vous, il y a l’océan du pouvoir infini et de la bénédiction.

 

            En tout homme et en tout animal, quelque faible ou malveillant, quelque grand ou petit qu’il soit, réside la même âme omniprésente et omnisciente. La différence ne se trouve pas dans l’âme, mais dans le degré de manifestation ».

 

            Quel message surprenant ! Et que pouvons-nous en faire ? Pensez-vous qu’il soit intelligent, qu’il soit pratique de tout oublier de notre âme omnisciente et toute puissante, de vivre simplement dans ce petit bout de chair, nous identifiant totalement à lui et d’aller partout en nous bouchant les oreilles et en tremblant dans la rue quand souffle le vent d’hiver ? Allons-nous être aux petits soins pour nos sens toute l’éternité ? Et cela seul serait intelligent ? Et cela seul serait pratique ? Vivekananda déclare aussi : « Tout est lié au temps, à l’espace et à la cause. L’âme est au-delà de tout temps, de tout espace, de toute cause. Ce qui est lié, c’est la nature, non l’âme. En conséquence, proclamez votre liberté et soyez ce que vous êtes, à jamais libres, à jamais bénis ! »

 

 

 

            Nous sommes tellement pratiques que nous croyons que le concept physique de l’homme est ce que nous devons chérir le plus. Et quel en est le résultat ? Nous avons acquis quantité de connaissances et nous accumulons des armements. Nous vivons dans des logements situés dans des villes brumeuses, polluées, bruyantes ! Pensez à l’absurdité de la condition humaine ! Elle est trop tragique pour en pleurer !

 

 

 

Est-il pratique de vivre dans le corps et pour le corps, et d’espérer que le monde ne tourne que pour notre bien ? Ou bien est-il pratique d’élargir notre conscience et de vivre en  tout et au travers de tout ?

 

 

 

            Deux processus fondamentaux donnent à la vie tout son dynamisme et sa diversité.

 

L’un d’eux est la lutte pour l’existence. Tous les êtres vivants, de l’amibe à l’homme, sont continuellement en lutte pour leur existence dans le monde. Quelle est la cause de cette lutte ?

 

Cette interrogation nous mène à la seconde question fondamentale de la vie qui est l’impermanence. Tout dans ce monde est impermanent et rien n’est plus impermanent que la vie. Dans le langage philosophique, l’impermanence est appelée le non-être. Chaque être vivant est menacé par la perspective du non-être.

 

La lutte pour l’existence n’est pas une simple recherche de nourriture ou de logement en raison de conditions précaires. Même lorsque la nourriture est abondante, chaque être vivant doit lutter pour un changement intérieur aussi bien qu’extérieur. Lutter pour l’existence signifie réellement lutter pour se soustraire au non-être en affirmant l’être. Tous les êtres vivants combattent pour leur existence contre le changement, l’impermanence, le non-être.

 

            Chez les animaux et les plantes, cette lutte est limitée au niveau physique. Mais, même à ce niveau, leur combat n’est pas seulement contre le monde extérieur, il se poursuit également dans le monde intérieur par une lutte pour maintenir l’équilibre des activités physiologiques ou homéostasie. Lorsque cette lutte pour l’existence échoue, le corps est vaincu par la maladie et la mort, c’est-à-dire par le non-être.

 

            Chez l’homme moderne, la lutte pour l’existence se poursuit principalement au niveau de l’ego. L’organisation sociale moderne et la technologie ont éliminé, dans une grande mesure, le besoin de lutte pour la simple survivance physique. Pourtant, les gens rivalisent incessamment entre eux, ils se querellent et luttent pour l’existence de leur ego. Si une personne ne parvient pas à obtenir la renommée ou la reconnaissance, si quelqu’un la réprimande ou parle mal d’elle, elle est bouleversée parce qu’elle sent que c’est l’existence de son ego qui est menacée et non celle de son existence physique. Lorsque l’ego est menacé par le non-être, il peut réagir de trois façons différentes.

 

Il peut s’affirmer lui-même dans son propre être, c’est le courage d’être. Deuxièmement, il peut prendre refuge dans le Divin. La troisième possibilité est de prendre refuge dans un groupe ou dans une société.

 

L’ego qui est incapable de s’affirmer lui-même ou de chercher refuge dans un pouvoir plus grand peut s’abandonner au non-être. S’abandonner au non-être prend des formes variées telle que la dépression ou les névroses de toutes sortes. Sa forme extrême est le suicide.

 

            Que représente le courage d’être ? Le non-être est un terme philosophique que certains peuvent trouver difficile à comprendre. Mais nous pouvons tous comprendre une réaction de l’ego au non-être : celle de l’angoisse.
Nous avons parlé tout à l’heure des trois formes de réaction de l’ego face à la menace du non-être. Mais l’ego ne suit généralement aucun de ces déroulements dans l’immédiat. Au lieu de cela, il réagit. Sa forme la plus courante de réaction est l’angoisse. Si nous ressentons un sentiment constant d’angoisse et, en fait, la plupart des membres de la société d’aujourd’hui le ressentent, nous devons savoir que notre ego fait face à la menace du non-être.

 

Dans ce contexte, étudions deux distinctions importantes.

 

L’une est la distinction entre l’angoisse et la peur. La peur est la réponse de l’organisme à une situation particulière, elle a un objet défini. Nous sommes généralement conscients de la peur et nous nous préparons à faire face à la menace. Au contraire, l’angoisse n’a pas d’objet défini, elle est un sentiment général d’insécurité qui nous presse continuellement. Nous n’en connaissons généralement ni la cause réelle ni le moyen de nous en libérer.

 

            Dans son livre "Le courage d’être", Paul Tillien dit : « L’angoisse est l’état dans lequel un être est conscient de son éventuel non-être. La peur qui s’oppose à l’angoisse a un objet défini qui peut être affronté, attaqué, supporté..., mais il n’en est pas de même pour l’angoisse parce qu’elle n’a pas d’objet ou plutôt son seul objet est la menace en soi, mais non la source de la menace car la source de la menace est le néant.

 

            On pourrait se demander si ce néant menaçant n’est pas la possibilité inconnue, indéfinie d’une menace réelle. L’angoisse serait alors la peur de l’inconnu. Mais c’est une explication insuffisante. Car il y a des domaines innombrables de l’inconnu, différents pour chaque sujet et auxquels on fait face sans aucune angoisse. C’est un inconnu d’un genre spécial qui apporte l’angoisse. C’est un inconnu qui, par sa nature même, ne peut pas être connu parce qu’il est le non-être. L’angoisse s’efforce de devenir peur, parce que la peur peut s’allier avec le courage ».

 

            La seconde distinction que nous pouvons étudier est celle entre l’angoisse pathologique et l’angoisse existentielle. L’angoisse pathologique est une réponse à certains événements anormaux comme le divorce, les actions honteuses, etc..... C’est une forme de névrose qui, nous l’avons dit, est une façon de se diriger vers le non-être. Ce n’est généralement rien d’autre qu’une haine ou une peur refoulée. Elle appartient au domaine de la psychologie anormale et peut nécessiter un traitement psychiatrique. L’angoisse existentielle, de son côté, est une expérience commune dans la vie normale. Elle peut être traitée par l’individu lui-même. C’est ce qui nous concerne ici.

 

 

 

            L’homme d’aujourd’hui doit lutter contre trois types principaux d’angoisse existentielle :

 

1.                     l’angoisse du destin et de la mort.

 

2.                     l’angoisse du vide et de l’absence de signification,

 

3.                     l’angoisse de culpabilité et de condamnation.

 

Bien que ces trois types d’angoisse puissent se trouver en même temps, chacun d’eux domine le plus souvent à une période particulière de la vie de l’individu. Ainsi, l’angoisse de la culpabilité et de la condamnation est ressentie plus intensément dans la prime jeunesse, l’angoisse du vide et de l’absence de signification apparaît au cours de l’âge moyen et l’angoisse du destin et de la mort devient le problème le plus sérieux dans la vieillesse.

 

Presque tout le monde doit faire face à ces angoisses au cours de la vie. La culpabilité est la négation de la pureté de l’Atman, le manque de signification porté à la vie est la négation de la perfection inhérente à l’Atman, la mort est la négation de l’existence même de l’Atman. Ainsi, la culpabilité, l’absence de signification et la mort sont toutes des formes du non-être. La capacité d’affirmer son être face à ces formes du non-être est appelée le « courage d’être » selon le Védanta.

 

            Une philosophie ne devient viable que si elle est fondée sur la vie. Comme le courage est inséparable de la vie, la vraie philosophie doit être une philosophie du courage et, le Védanta le dit, « Soyez sans crainte ! ».

 

            La conception de l’Atman, lumineux par lui-même, éternellement pur et empli de félicité, est un merveilleux don pour l’humanité. L’Atman est totalement différent du mental qu’il transcende. C’est pourquoi, il ne peut être entaché par les impuretés qui n’affectent que le mental. Tout ce qui est créé doit avoir une fin. L’Atman n’est pas une entité créée, il existe par lui-même et il est doté de la même fin que Dieu, il est donc immortel.

 

            Une telle conception de l’âme facilite l’exercice du « courage d’être ». Lorsqu’elle est confrontée à la culpabilité, l’âme peut se dire : je suis pure et pleine de félicité et donc aucun péché ne peut me toucher. Lorsqu’elle est confrontée au vide et à l’absence de signification, l’âme peut se dire : je suis plénitude de conscience et toute expérience est significative pour moi. Lorsqu’elle est confrontée au destin, l’âme peut se dire : je suis immortelle et la mort n’est qu’un événement dans une existence intacte.

 

            Ainsi la conception védantique de l’Atman permet à l’âme d’accepter toutes les formes du non-être en affirmant simplement sa nature réelle et divine. Ce dont elle a besoin, c’est un guide qui puisse lui enseigner comment affronter la culpabilité du non-être, l’absence de signification de sa vie, la mort. Tout le pouvoir dont une âme a besoin est caché en elle, tout ce qu’il lui faut, c’est une personne capable d’éveiller ce pouvoir.

 

 

 

C’est pourquoi Swami Vivekananda dit :

 

« Mon idéal, en vérité, peut se résumer en quelques mots, prêcher à l’humanité sa divinité et la façon de la rendre manifeste dans chaque mouvement de la vie ».

 

            Ainsi, l’âme possède en elle-même le pouvoir de pratiquer le « courage d’être » et d’affronter les menaces du non-être. Le Védanta, toutefois, fait un pas de plus et nie le non-être lui-même. C’est en cette dénégation qu’il diffère radicalement de tous les autres systèmes de pensée. Selon les différentes écoles du Védanta, aucun gouffre ne sépare l’âme de Dieu. Leur relation n’est pas du type « je-toi ». Dieu n’est pas un objet « totalement autre ». L’âme et Dieu appartiennent tous deux à la même catégorie d’êtres, la première est l’être individuel – jivatman -  alors que le second est l’Être Suprême - paramatman. La relation entre eux peut être caractérisée par le transcendant « nous ». Comme Dieu est l’Âme de toutes les âmes et que l’Être divin pénètre toutes choses dans l’univers, où pourrait bien exister le non-être ?

 

Bien entendu, l’Advaïta reconnaît l’existence du non-être sous la forme de maya qui sépare l’âme de Dieu et de l’univers. Mais alors, maya elle-même est irréelle et donc le non-être est également irréel.

 

Dans le Védanta, les trois angoisses existentielles de culpabilité, d’absence de signification et de mort sont considérées, non comme des formes du non-être, mais comme des produits de l’ignorance. La peur ne s’élève que lorsqu’il y a un objet dont on peut avoir peur. Comme le déclarent les Upanishads : « La dualité est la seule cause de la peur ».

 

            Ici, la dualité signifie une séparation sujet-objet. Mais l’Être Divin, en tant que sujet éternel, emplit tout l’espace. Il ne laisse aucune brèche pour les objets. C’est pourquoi, la peur et l’angoisse que nous ressentons ne sont pas réelles car elles sont produites par l’ignorance.

 

            Selon ce point de vue, la lutte principale dans la vie devrait être de supprimer l’ignorance de la vraie nature de l’Atman. Il n’y a pas besoin de lutter contre le non-être en tant que tel. C’est ce que signifient les quatre mahas valkyas - les grandes formules - : « Je suis Brahman », « Cet Atman est Brahman », « Brahman est conscience » et « Tu es Cela ». Ces quatre affirmations visent à éliminer la notion erronée du non-être en tant que gouffre séparant l’âme de Dieu. Quand la notion de non-être disparaîtra, ses produits, l’angoisse et la peur, cesseront de nous hanter. Il n’y aura plus besoin de lutter tout au long de notre vie contre la culpabilité, l’absence de signification et le destin.

 

Il est possible de vivre complètement libéré de ces problèmes en réalisant sa nature d’Atman lumineux.

 

            Une âme libérée est notre plus grande richesse et notre plus grande force. Au lieu d’essayer de réaliser cette lumière intérieure sacrée, pourquoi
devrions-nous rechercher les choses extérieures ? Les objets matériels ne peuvent jamais résoudre nos problèmes existentiels. Peu de personnes sont généreuses et dignes de confiance.

 

Il y a des situations dans lesquelles nous nous trouvons seuls et abandonnés. Mais, en tout lieu et en tout temps, même quand il n’y a plus rien que l’obscurité tout autour, alors brille en nos cœurs l’Atman lumineux. Il ne nous quitte jamais, il nous protège et nous guide ; il emplit notre vide de sa paix et de son pouvoir. S’accrocher toujours à cette lumière intérieure est l’acte le plus courageux sur terre. C’est ce qui est signifié par avoir le sens pratique.

 

 

 

Pour terminer, écoutez ce très bel hymne :

 

 

 

Là où n’existent ni mère, ni père, ni ami, ni frère,

 

Là où n’existe personne pour compatir avec moi,

 

Là où n’existent ni jour ni nuit,

 

C’est là que brille la lampe de l’Atman,

 

Et en elle, je prends refuge.