Partagez :

LA VIE IMMORTELLE C'EST ICI ET MAINTENANT

Swami Veetamohananda

 

Qu’est-ce que la vie éternelle ?

 

Peut-on croire que l’immortalité soit possible ici et maintenant ou bien est-ce un fantasme ? Dans les Védas, textes sacrés de l’Inde qui existent depuis 3000 ans, il est écrit que l’immortalité est le but proposé par le yoga : « Oh écoutez, l’univers entier, vous êtes les enfants de l’immortalité ». Le grand sage Narada dans ses aphorismes sur la dévotion ajoute :

« Notre nature interne, c’est l’immortalité ».

En effet notre nature interne, appelée le Soi, ne peut pas être détruite. Les pratiques spirituelles proposent la découverte du Soi, le yoga permet de le faire se manifester dans notre vie de tous les jours.

L’immortalité est l’union avec la pure Conscience qui nous conduit à la liberté totale. Dans l’état de conscience habituel nous sommes soumis aux changements qui font naître la souffrance alors que dans l’état de Conscience en union avec le Soi il n’y a aucune souffrance. L’immortalité n’impose aucune croyance particulière en Dieu, ni au paradis ni au Ciel au sens où on entend ces mots habituellement, chacun reste libre de sa croyance personnelle.

Une fois établis dans l’état de conscience du Soi, nous sommes totalement libres de tout car "ici et maintenant" est la Vie même, nous rejoignons la Source. La Bhagavad Gîtâ, l’un des textes fondateurs du yoga nous dit : « Quand les mérites sont exaucés, vous devez revenir sur la terre ». Cela signifie que la vie éternelle n’est possible qu’ici et maintenant pour chacun de nous et que pour être immortels, nous devons travailler ici et maintenant. Cet état d’immortalité est la pure Réalité « au-delà de la mort » alors que tout ce qui nous conditionne, nous contrôle ou nous limite, est la mort.

 

Comment atteindre la vie éternelle ?

 

L’état d’immortalité est atteint grâce au yoga. Les textes védantiques disent : « Ce n’est pas par l’action, ce n’est pas par la famille, ce n’est pas par les richesses, que vous pouvez atteindre l’immortalité ». Bien sûr nous sommes entourés par nos proches, nous pouvons avoir l’argent qui nous permet de vivre dignement et d’entretenir notre famille, nous avons le droit aux plaisirs, mais nous savons bien que tout ne s’achète pas. Ce n’est pas ainsi que nous atteindrons l’immortalité car un jour nous perdrons nos possessions, nous perdrons des proches, nous serons séparés de ce que nous aimons. Ce que nous pensions nous donner la joie deviendra alors cause de tristesse.

Pour atteindre l’immortalité ici et maintenant quelques conditions sont nécessaires : la purification par l’action juste et les pratiques physiques, la maîtrise des organes des sens, l’élimination des impressions du passé.

Les exercices physiques du hatha yoga purifient le corps et le mental. Ils permettent le maintien du corps en bonne santé pour demeurer dans l’état d’équilibre, ils fortifient le corps et le système nerveux, pour harmoniser l’énergie psycho-physique et la diriger vers la Source.

Quant à la maîtrise des organes des sens nous verrons qu’elle est nécessaire parce que les sens nous attirent sans cesse à l’extérieur et nous conduisent à la dispersion de notre énergie au lieu de la consacrer à notre quête.

 

L’élimination des impressions du passé

 

Au lieu de nous identifier à la pure Conscience, par nos actions dans la vie de tous les jours nous accordons une importance prépondérante aux actions du passé (le karma), qui sont constituées de pensées, souvenirs, impressions conscientes ou inconscientes (les samskâra). Ces impressions du passé conditionnent le présent, nous empêchent de nous situer dans le "ici et maintenant" et sont cause de souffrances, de difficultés ou de problèmes. De même nous sommes conditionnés par le futur alors qu’il n’est qu’imagination et fantasme.

Quand le passé ou le futur conditionnent le présent, nous ne pouvons pas ouvrir notre cœur pour aller vers la Source. Rien de tout cela ne nous fera progresser. Il nous faut disposer d’outils pour éliminer ou transformer le passé, pour arrêter de nous projeter dans le futur, pour éviter que le présent soit perturbé par des mémoires ou des projections. Ce sont : la présence dans le cœur, l’expérience directe, la discrimination et le renoncement.

 

La présence dans le cœur et l’expérience directe

 

Quand une émotion se manifeste nous sentons que son origine est dans le cœur. Quand nous disons : « J’ai le cœur brisé », c’est que nous avons conscience que la douleur se situe dans le cœur. Les Védas nous conseillent de diriger l’énergie psycho-physique vers le cœur, le centre de notre Soi ; le yoga nous enseigne que le cœur est le centre du Soi.

C’est la présence dans le cœur qui nous fera trouver notre chemin. Peu importe s’il s’agit d’un chemin direct ou d’un chemin détourné, il nous est propre et personne n’a le droit de le critiquer. Suivons notre chemin : c’est le nôtre, il est différent de celui du voisin, car il existe des chemins différents adaptés à chacun.

L’écoute du cœur c’est le retour vers la Source. Nous pouvons écouter des conférences sur l’âtman qui nous expliquent le chemin direct, mais si nous nous contentons d’écouter sans aucune connexion avec le cœur, avec la Source, cela ne sert à rien. Nous pouvons écouter des conférences sur le Soi, nous pouvons lire et relire des livres sur « Qui suis-je ? », ce ne sont que des paroles et les paroles dispersent le mental.

Nous entendons dire : « le monde existe, il est comme ceci, comme cela… », mais qui peut parler du monde à notre place, qui peut faire l’expérience de notre vie si ce n’est nous-mêmes ? Essayons de sentir le monde comme il est, faisons notre expérience personnelle et directe du monde. C’est cette expérience qui nous indique comment aller vers la Source.

 

La discrimination

 

Nous devons construire des fondations solides comme avant de construire les fondations de notre maison nous commençons par examiner le terrain : est-il constitué d’eau, de roches, ou de sable, la terre est-elle assez résistante pour soutenir la construction ? De même nous faisons cet examen sur nous-mêmes. Cela s’appelle viveka, la discrimination. Sans la discrimination, aucun chemin, direct ou indirect ne nous mènera dans la bonne direction. La discrimination commence par la question : « Qui suis-je ? » qui entraîne d’autres questions : « Quel est mon état ? Pourquoi continuerais-je ma vie de cette façon ? Ai-je la possibilité de la changer ? Et dans ce cas, de quelle façon puis-je le faire ? »

Les Upanishads nous proposent une réponse. Elles nous disent que brahman, l’infini, est à l’origine de cette vie, il est la Source. Il s’exprime en chacun de nous comme l’âtman, le Soi individuel. L’âtman est l’expression de la Réalité infinie dans un système psycho-physique.

L’acte de discriminer commence par voir, et la vision comporte trois facteurs : celui qui voit, le fait de voir et ce qui est vu. Celui qui voit ne doit ni s’identifier avec l’objet qui est vu, ni être conditionné par cet objet, sinon les souffrances se manifestent causées par les désirs. Soyons capables de voir, simplement pour distinguer ce qui est réel de ce qui est irréel. C’est un retour à l’intérieur de soi.

Alors que nous passons notre temps à projeter vers les objets extérieurs, à penser que ce sont les autres qui créent nos problèmes, nous sommes invités à discriminer en cherchant pourquoi telle ou telle idée est venue, vient-elle de nous-mêmes ou de quelqu’un d’autre, quelle en est la cause ? Nous pouvons voir que si la cause vient aussi des autres, elle vient d’abord de nous-mêmes. Nous avons la capacité de nous changer au lieu de nous laisser emporter par les pensées d’autrui. Nous devons réfléchir par nous-même, nous en sommes capables : « J’ai fait cette erreur. Je ne veux pas la refaire. Maintenant que j’ai vu, je vais agir de façon différente ». Une telle réflexion est une ouverture, l’intelligence s’exprime avec efficacité et n’est pas limitée par le passé et par les situations extérieures. 

 

 Le renoncement

 

Les textes indiens comme la Bhagavad Gîtâ nous conseillent le renoncement. Ce concept, vairâgya dans les textes du yoga, nous fait peur parce que nous pensons qu’il va nous falloir abandonner notre famille, notre maison, notre voiture, toutes nos possessions, notre confort. Les textes nous disent que ce n’est pas la bonne solution car si nous abandonnions les choses auxquelles nous tenons le plus, des impressions perturbatrices resteraient à l’intérieur de nous. Même chez un sage isolé dans une grotte, des mémoires anciennes reviennent et perturbent son calme. Alors la méditation disparaît, elle devient la méditation sur la voiture ou la maison, elle ne sert à rien. C’est pourquoi il est tout à fait juste que nous conservions nos propriétés. Elles nous sont utiles pour vivre nous-mêmes et faire vivre notre famille, mais sans les laisser nous conditionner et nous contrôler.

Nous vivons des situations difficiles avec les autres parce que nous nous identifions à leurs problèmes. Alors restons nous-mêmes, soyons détachés et réfléchissons aux causes de ces difficultés de relation. Se détacher ne signifie pas rejeter les autres car les incompréhensions, les problèmes ou difficultés sont normales dans les relations humaines. Mais au lieu de gaspiller l’énergie pour nous battre avec les autres, conservons nos forces, gardons notre énergie psycho-physique pour notre travail de discrimination. Ne nous laissons pas dominer par les forces extérieures qui conditionnent, limitent et apportent la souffrance. Comprenons que tout ce qui nous arrive est pour notre bien, développons l’harmonie et la paix, c’est la fondation pour progresser.

Le détachement c’est accepter les choses comme elles sont, pour nous changer nous-mêmes de façon juste.

 

La pratique

 

La Bhagavad Gîtâ nous enseigne : « La maîtrise du mental viendra de la pratique et du renoncement ». La pratique est expliquée par Patanjali, l’auteur des yoga sûtra, les aphorismes sur le yoga. Pour lui, la pratique débute par les disciplines, yama et niyama. Sans ces disciplines nous ne pouvons pas pratiquer efficacement les postures, les âsana. Si nous avons de la haine à l’intérieur de nous, de la colère ou de la jalousie, la pratique physique et les exercices corporels seront stériles, l’énergie générée par la pratique va intensifier la haine, la colère ou la jalousie. C’est pourquoi Patanjali nous dit de commencer par les disciplines yama, niyama, telles que la non-violence, la vérité, l’effort, etc…

Ce n’est qu’après que viennent les postures, âsana, puis le contrôle du souffle, prânâyâma. Ainsi l’énergie cosmique se manifeste en nous, elle donne de l’expansion à la personnalité et nous aide à accomplir nos tâches.

Quand l’énergie psycho-physique est harmonisée nous possédons la force et la capacité de mettre les organes des sens en retrait, c’est pratyâhâra. Quand nous dirigeons l’énergie psycho-physique vers le cœur, le centre ou le Soi, la conscience devient fixée sur ce que nous sommes en train de faire et le mental reste concentré au lieu de penser à autre chose C’est la concentration, dhâranâ, la fixation dans le cœur. Toute notre intelligence est alors dirigée par la Conscience. Quand cette pratique devient stable, vient la méditation, dhyâna.

C’est la méthode que nous propose Patanjali mais elle ne fonctionne qu’avec une pratique persévérante, abhyâsa.

Nous ne devons jamais relâcher cette pratique parce que nous ne savons pas à quel moment ni de quelle façon les forces vont nous inonder pour nous contrôler. Avec cette pratique tout devient clair, nous sommes en paix, nous sommes acceptés partout, agréables pour nos proches, les collègues, pour tous les autres. Quand l’intuition s’exprime, la communication devient facile.

 

 

 

Nous arrivons ainsi au contentement, à la joie intérieure, à un état où nous n’avons plus besoin de rien d’autre. C’est cela la vie éternelle ici et maintenant.


Swami VEETAMOHANANDA